Suzanne Borel-Maisonny (1900-1995) est orthophoniste française. Au fil de ses années de pratique clinique, elle a observé que les enfants en difficulté de lecture avaient souvent du mal à mémoriser les correspondances entre les sons et les lettres par la seule voie visuelle ou auditive. Sa réponse : créer un code gestuel systématique où chaque phonème du français est associé à un geste codé de la main.
Sa méthode, publiée sous le nom de "Méthode verbo-tonale" ou simplement "méthode Borel-Maisonny", est aujourd'hui l'une des plus utilisées par les orthophonistes français et de nombreux enseignants de CP-CE1.
Le principe : son + geste + lettre = ancrage multisensoriel
L'idée centrale est que l'apprentissage mobilise davantage de réseaux neuronaux quand il est multisensoriel. En ajoutant une dimension kinesthésique (le geste) à la dimension visuelle (la lettre) et auditive (le son), on crée trois chemins d'accès différents vers le même contenu — et donc trois chances de le retrouver en mémoire.
Concrètement, pour chaque phonème :
- L'enseignant ou l'orthophoniste montre la lettre
- Il prononce le son
- Il fait le geste codé associé
- L'enfant reproduit les trois simultanément
Avec le temps, l'enfant peut utiliser le geste seul comme aide-mémoire quand il hésite sur la correspondance lettre-son.
Quelques gestes emblématiques
Le code gestuel complet de Borel-Maisonny couvre l'intégralité des phonèmes du français. Voici quelques exemples représentatifs :
- /a/ — main ouverte, paume vers le bas, bras légèrement baissé (bouche grande ouverte)
- /f/ — pouce et index forment un rond, les autres doigts repliés (bruit soufflé)
- /s/ — index tendu, mouvement de serpent ondulant
- /ch/ — doigt sur les lèvres (comme pour dire "chut")
- /r/ — main à la gorge (le son vient du fond de la gorge)
- /m/ — main à la bouche fermée (résonance nasale)
- /on/ — main sur le nez (nasalisation)
Chaque geste est conçu pour être motivé : il illustre soit l'articulation du son (où se forme-t-il dans la bouche ?), soit sa qualité acoustique (soufflé, vibrant, nasal…), soit une image intuitive associée.
Pourquoi la méthode Borel-Maisonny est-elle efficace pour les DYS ?
Les enfants dyslexiques présentent souvent une fragilité de la voie phonologique — le traitement des sons dans le cerveau est moins efficace ou automatisé, ce qui perturbe le décodage graphème-phonème. La méthode Borel-Maisonny contourne en partie cette difficulté de deux façons :
- Le geste est une ancre supplémentaire : quand l'enfant hésite sur un son, il peut "rejouer" mentalement le geste pour retrouver la correspondance, sans avoir à passer par la voie phonologique pure.
- La dimension proprioceptive (conscience du mouvement de son propre corps) est souvent moins affectée que la discrimination auditive chez les enfants DYS. On exploite donc un canal d'entrée plus solide.
Les orthophonistes utilisent cette méthode comme outil de remédiation, mais aussi de prévention chez des enfants à risque en grande section de maternelle ou CP.
Comment utiliser la méthode Borel-Maisonny à la maison ?
Sans formation orthophonique, les parents peuvent s'inspirer des principes de Borel-Maisonny :
- Inventer des gestes mnémotechniques pour les sons qui posent problème à votre enfant. Pas besoin de suivre le code officiel — ce qui importe, c'est que l'enfant crée lui-même l'association, ce qui la rend encore plus mémorable.
- Faire prononcer en faisant le geste lors de la révision d'un mot difficile. Dire "voiture" en mettant la main à la gorge pour le son "r" crée une trace kinesthésique.
- Utiliser le geste comme question : faire le geste sans prononcer et demander à l'enfant quel son c'est — renverse la procédure et consolide l'ancrage.
- Combiner avec la méthode des Alphas : le personnage narratif (Alphas) + le geste (Borel-Maisonny) pour les phonèmes les plus résistants.
Borel-Maisonny dans le contexte pédagogique actuel
La méthode Borel-Maisonny s'inscrit dans le courant des pédagogies multisensorielles, aux côtés de la méthode Montessori (lettres rugueuses) et de la méthode Gattegno (images sensorielles). Ce qui la distingue : elle est spécifiquement centrée sur les phonèmes, pas sur les lettres comme symboles visuels. Elle s'adresse donc principalement au niveau du décodage — la première étape de la lecture.
Pour l'orthographe avancée (accords, conjugaison, homophones), d'autres outils prennent le relais. La répétition espacée reste la méthode la plus efficace pour consolider durablement les règles complexes.
Pour les enfants qui ont posé les bases de la lecture (CP-CE1), DictoQuest prend le relais avec un RPG adaptatif qui consolide l'orthographe, la conjugaison et la grammaire jusqu'en 3ème — en s'adaptant au niveau et aux erreurs de chaque enfant.
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